“Adrien, l’heure est grave. Il serait temps qu’on se mette enfin au sport : chaque année on le dit, chaque année on ne le fait pas. Cela ne peut plus durer !” me disait Betel il y a encore quelques semaines. (En fait non, mais je trouvais que c’était une bonne intro.)

Et elle avait raison. Ça va bientôt faire un an que je suis retourné chez mes parents, à travailler sur mon ordinateur sans me bouger sauf pour aller jusqu’à la salle de bain, à me tordre les os quand je vais mettre la poubelle au bout de la rue et à mourir d’épuisement quand je décharge les courses de la voiture. Bon, j’exagère un peu, mais vous avez saisi le concept : il serait temps de se muscler un peu et de s’entretenir.

Notre problème principal était que RIEN ne nous disait, pour faire du sport. RIEN. (Bon, un peu la danse, mais passons…)

Milieu souvent sexiste et machiste, le sport en équipe ou en salle ne nous attirait pas. Et puis on voulait surtout s’amuser ; si ça devient une contrainte et une course à la performance, c’est pas la peine. Mais dernièrement, un évènement sur Facebook a fortement attiré notre attention et a attisé notre curiosité à tel point qu’on s’y est inscrit tout de suite, embarquant nos hommes respectifs (de force) dans cette folle aventure.

C’est ainsi qu’on a testé… LE QUIDDITCH.

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Votre tête, là, tout de suite.

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Notre tête à nous quand on a vu passer l’événement.

 

 

 

 

 

 

Oui, vous avez bien lu. Le Quidditch.

Le sport de Harry Potter sur balais volants, où vous risquez de mourir toutes les 5 minutes en vous prenant un cognard en pleine face ou étouffé.e par un vif d’or avalé par inadvertance.

Bon, vous imaginez bien que n’étant pas (encore officiellement*) sorcière et sorciers, ce n’était pas tout à fait le Quidditch décrit dans les livres et les films, mais le Quidditch adapté pour les moldus auquel nous allions être initié.e.s.

* nous attendons toujours notre lettre de Poudlard, nous sommes dans le déni le plus total, c’est très dur à vivre, chut.

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“Mon garçon, la magie, ça n’existe pas.”

Mais je dois vous avouer que, même si nous en avions déjà entendu parler et que nous savions à quoi nous attendre, c’était assez frustrant de se retrouver là-bas et d’essayer le sport qu’on a toujours rêvé de pratiquer sans la moindre once de magie…

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Non, les balais ne volent pas.

Cela étant, la version adaptée pour les moldus est tout aussi passionnante, en plus d’être considérée et reconnue depuis longtemps comme un sport à part entière, avec ses tournois internationaux et tout le tralala. L’évènement de ce mercredi avait d’ailleurs pour but d’essayer de former une équipe de Quidditch à Namur.

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Ceci existe (presque) en vrai.

Je vais d’abord vous expliquer les règles de base de ce sport et, surtout, ce pourquoi j’ai tenu à vous en parler ici. (Vous pouvez passer directement à la fin si les règles en elles-mêmes ne vous intéressent pas et si vous voulez directement aller voir ce qui m’a poussé à rédiger cet article.)

 

Les règles du Quidditch moldu (en bref) et le déroulement d’un match

Le terrain est un terrain des plus banals avec trois anneaux sur poteaux aux extrémités. Un “but” rapporte 10 points à son équipe.

– Il y a deux types de balles : 1 Souaffle et 3 Cognards (au lieu de 2 dans les romans).

– Chaque équipe comporte 7 joueurs sur le terrain : 3 Poursuiveurs qui se passent le souaffle pour aller le lancer à travers les anneau06x adverses et marquer des points, 2 Batteurs qui peuvent lancer des cognards sur les joueurs pour les “faire tomber de leur balai”, 1 Gardien qui garde les anneaux et 1 Attrapeur qui est chargé d’attraper le vif d’or (ce qui rapporte 30 points à l’équipe et met fin au match)

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Le SWAG le plus complet.

Le vif d’or (ce salaud) n’est pas une petite balle dorée et pourvue d’ailes comme dans les livres et les films, mais un joueur neutre sans balai, tout de jaune vêtu. Il a une balle de tennis (dans une chaussette) accrochée à son short derrière lui et il doit courir partout pour éviter que les attrapeurs ne la lui volent. Mais son rôle satanique ne s’arrête pas là. Contrairement aux autres joueurs qui sont – bien entendu – limités pour tacler ou plaquer les autres le vif d’or, lui, peut tout se permettre ! La plupart du temps il vous attrape de face comme au rugby et vous utilise comme “bouclier” pour repousser le deuxième attrapeur en vous broyant les os des bras au passage.

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Moi, après m’être essayé au poste d’attrapeur.

Dans un souci de “molduisme” et pour un côté pratique, nous ne sommes pas habillé.e.s de manière absolument classe avec de grandes capes volant au vent, mais de simples tenues de sport “à la moldue”.

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Mais oui, on joue quand même avec un balai entre les jambes ! Loin d’être une simple lubie de fan, c’est un vrai accessoire pour le jeu : tant que vous l’avez entre les jambes, ça signifie que vous êtes en jeu et que vous pouvez jouer à votre poste.

Quand vous êtes touché.e par un cognard ou que, tout simplement, vous lâchez votre balai, vous “tombez de votre balai”, ce qui signifie que vous devez le retirer d’entre vos jambes, le garder en main, et aller toucher les anneaux de votre camp pour revenir jouer sur le terrain. C’est surtout pour donner un réel intérêt aux cognards dans le jeu autre que TUER CHAQUE JOUEUR UN PAR UN.

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“C’est affreusement barbare !” “C’est la version sorciers.”

Étant incapable de rattraper la moindre chose au vol (le fameux réflexe “Oh-mon-Dieu-on-me-lance-une-balle-gentiment-je-dois-l’éviter-!”) et étant dans la haine la plus totale contre le vif d’or, c’est tout naturellement que je me suis tourné, avec Betel, vers le poste de batteur. Ne pas être un élément central du match (marquer des points ou protéger les buts) mais avoir sa propre balle et l’envoyer tranquilou sur les autres pour les éliminer, ça me plait bien. Je dois avouer que c’est assez jouissif de faire tomber de son balai un poursuiveur adverse qui est sur le point de marquer. On voit l’espoir s’éteindre dans ses yeux.

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Le poursuiveur que je viens de faire tomber de son balai.

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Moi.

 

 

 

 

 

 

 

Inclusif ? Comment ça ?

Vous vous doutez bien que je n’ai pas écrit cet article dans l’unique but de vous raconter ma vie passionnante mais surtout pour vous parler de la grande inclusivité de ce sport et de ce qui m’a donné envie de faire des câlins aux organisateurs/trices (et à toute la communauté de Quidditch moldu en général, vu que ce n’était pas spécifique à cet évènement).

En effet, je ne vous ai pas exposé toutes les règles du Quidditch. Je vous ai gardé sans doute la meilleure pour la fin. La “Gender Rule”, celle qu’il faut respecter à tout prix, même si les gens sont crevés sur le terrain et qu’ils veulent faire un changement de joueur. Cette règle dit en gros qu’il ne peut y avoir sur le terrain que maximum 4 personnes par équipe du même genre en jeu durant le match.

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“Aucun joueur n’est privilégié pour faire partie de l’équipe, nous, on respecte l’égalité des genres et leur diversité !”

“Du même genre ?”

“Oui, on parle bien de genre, et non de “sexe” ou autre. On vous encourage toutes et tous à vous renseigner à ce niveau-là, mais en gros le genre, pour celles et ceux qui ne savent pas de quoi on parle, c’est l’identité masculin/féminin/agenre/autre par laquelle les gens se définissent indépendamment de leurs organes génitaux ou du genre auquel on les a assigné.e.s à la naissance. Comme on vous l’a dit, le Quidditch est un sport extrêmement inclusif, et cette règle est faite pour inclure dans le respect les personnes transgenres sans discrimination et pour une parfaite égalité des chances de tous jouer durant les matchs.”

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Moi, surpris et ému d’entendre pareil discours inclusif en dehors de la communauté LGBT+.

S’en sont suivies des petites discussions sur le côté du terrain entre certain.e.s joueurs/euses et les organisateurs/trices sur le genre, sans déni, sans mépris, sans jugement (comme j’ai pu en faire l’expérience souvent), mais juste par simple désir de s’informer sur cette notion parfois nouvelle pour certain.e.s. Nous vivons dans une société cissexiste et hétérocentrée, on oublie parfois que la majorité des gens associent automatiquement “sexe” à “genre” sans en comprendre les subtilités et n’en connaissant même pas le sens.

Ce grand respect, cette volonté profonde de ne surtout pas vouloir oublier quelqu’un et cet intérêt que les gens ont porté à la notion de genre m’ont vraiment fait plaisir et m’ont redonné un peu d’espoir dans la bonne volonté humaine. Une philosophie qui devrait en inspirer plus d’un.e !

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Je ne suis absolument pas sportif, mais contrairement à certains matchs d’autres sports auxquels j’ai été obligé de participer à l’école, je n’ai jamais eu l’impression d’être moins bien qu’un autre, de sentir des regards quand je loupais une balle ou quand je tombais de mon balai. J’avais clairement “le droit” de faire des erreurs ou de ne pas correspondre à ce qu’on attendrait d’un “vrai sportif”. On est tous là parce qu’on veut s’amuser, qu’on est fans de Harry Potter (ou pas) et qu’on veut rencontrer de nouvelles personnes. Bon et aussi pour faire du sport et gagner, c’est vrai.

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“Incroyable ! On dirait de la magie !” Le Phénix, cette allégorie de l’ouverture d’esprit et du respect.

En somme, point de balais qui volent, point de sortilèges, point de magie, mais un grand respect de la diversité qui, il faut l’avouer, compense à mort !

Adrien, membre du CHEN

Plus d’infos :

Liens utiles si le Quidditch moldu vous intéresse et si vous voulez vous rapprocher d’une équipe belge de Quidditch en particulier

Brussels – Qwaffles

Deurne – Dodo

Ghent – Gargoyles

Louvain-la-Neuve – Dracognards

Mons – UMonsters

Hasselt – Horntails

Leuven – Leprechauns

Bruges – Bridgebacks

Liège – Leviathans

Tournai – Thestrals

Namur – Namusards

Une vidéo qui résume les règles du Quidditch français