« J’ai toujours été contre la Gay Pride. Si vous voulez montrer aux gens que vous êtes comme tout le monde, n’y allez pas avec des talons de 30 cm ou des plumes dans le cul !» – DURENDAL (Youtubeur gay), Mariage et adoption 2.0.

Ma dernière crise d’urticaire était en réaction à une phrase homophobe prononcée par un gay. Mais si, vous savez, les fameuses «Franchement les folles donnent une mauvaise image des gays, faut pas s’étonner que des gens soient homophobes ! ». Et il me faut absolument exorciser ce sentiment que j’ai à chaque fois que quelqu’un me sort une horreur pareille, sinon je vais faire une nouvelle crise.

Je hais ce genre de phrases que disent les gays à des hétéros pour être « un peu moins gay », pour excuser leur homophobie potentielle et se faire accepter d’eux, en piétinant au passage toute une partie de leurs semblables. Il n’y a rien de plus minable qu’une personne qui tourne le dos à la lutte que mène sa communauté et qui rejoint le « camp adverse » parce qu’elle n’a pas le courage de résister à la société homophobe. J’appelle ça de la lâcheté, ni plus ni moins.

“Je suis gay, mais pas trop”

Ce genre de remarques traduit une homophobie banalisée et approuve le fait de discriminer les gays car ils ne se comportent pas comme ils le devraient (comprenez « comme des hétéros »). Je peux comprendre cette envie de se détacher de la partie « folle » de la communauté gay, de rejeter ce pourquoi la société nous critique. J’ai été ce genre de personne au lycée, essayant de minimiser mon homosexualité (« Je suis gay mais pas trop »). Mais ça implique d’oppresser à son tour d’autres gays qui n’ont pas eu la « chance » d’avoir une attitude hétéro et je ne supporte plus ce genre de choses. Je ne veux plus, je ne peux plus infliger aux autres ce que je ne veux pas subir. De telles injonctions sorties de la bouche d’un hétéro font déjà beaucoup de mal mais sorties de la bouche d’un gay, ça peut avoir un impact énorme pour les autres gays eux-mêmes mais aussi pour les oppresseurs qui auront un argument de poids dans leur oppression, tout en se détaxant de toute forme d’homophobie. C’est pour eux l’argument infaillible pour exercer leur homophobie en toute tranquillité (« C’est pas homophobe, c’est un gay qui me l’a dit ! »). C’est leur donner des armes, et c’est vraiment moche d’aller dans ce sens alors que tout le monde fait de son mieux pour au moins se protéger de ces flots de haine permanents.

Un proche m’a dit une fois « Tu sais, vous n’avez pas besoin d’aller à la gay pride ou dans toutes ces choses. Vous avez eu le mariage, et maintenant quand on voit deux hommes dans la rue ou à une terrasse de café, tant qu’ils ne se tiennent pas la main ou qu’ils ne s’embrassent pas, ça pourrait être deux frères, deux amis, personne n’a de problème avec ça. Vous passez inaperçus aujourd’hui, les gens sont plus tolérants ». Je dois vous avouer que sur le moment, j’ai failli m’étouffer. Le choc, tout d’abord, puis la colère et la tristesse. Je ne sais pas ce qui est le pire : que cette personne ne réalise pas à quel point c’est choquant, ou qu’elle l’ait dit avec la plus grande bienveillance du monde.

Je veux pouvoir passer pour le mec le plus gay du monde sans être discriminé pour ça !

Nous sommes une communauté diversifiée, multiple, colorée, et il faudrait que malgré ça on se force à agir « en hétéros » pour passer inaperçu ? PASSER INAPPERCU ? Si l’acceptation est basée sur un « tant qu’on ne vous remarque pas, on vous laisse tranquille », le combat est perdu. Je veux pouvoir passer pour le mec le plus gay du monde sans être discriminé pour ça ! Tant qu’avoir l’air gay sera un problème dans la rue, il faudra continuer à le revendiquer et tenir tête. C’est pour ça qu’on se bat, non ? Ce n’est pas à moi ni à mes ami.e.s de changer pour se conformer à la société, c’est à la société de changer la forme de ses moules pour qu’ils nous aillent !

La gay pride est là pour ça, pour qu’on soit fier de nous et qu’on célèbre nos couleurs, nos manières parfois extravagantes ou clichées de nous comporter, nos Drag Queen, nos folles, nos camionneuses et notre différence. La Gay Pride c’est autant dire « On est comme vous, on veut les mêmes droits » que « Nos vies sont différentes, et on ne changera pas alors il va falloir faire avec ».

C’est pour ça que les injonctions de ne pas paraitre « trop gay » m’agacent, surtout venant d’un gay. Que tu aies honte d’être ce que tu es, que tu aies assimilé le fait que la société ne nous aime pas et qu’il faut accepter l’oppression qu’on subit tout en rejetant la faute sur un autre (l’éternel et horrible « c’est la faute de la victime, elle l’a cherché ») c’est une chose. Mais que tu viennes nous chercher, moi et mes ami.e.s et nous reprocher d’être des « clichés ambulants » et nous demander de passer inaperçus, je ne l’accepte pas. Fais ce que tu veux chez toi, mais par pitié, laisse nous libérer (délivrer ?) nos extravagances et nos personnalités des carcans que tu as si docilement acceptés.

Adrien Journel, membre du CHEN et permanent des CHEFF

“Je ne vous déteste pas parce que vous êtes homophobes, je suis moi-même homophobe. Ce serait étonnant de ne pas l’être ! Je me déteste parce que je fais attention à ne pas paraître gay lorsque je suis à un passage piéton. Et parfois je vous déteste parce que c’est vous qui y faites attention. » – PANTI BLISS (Drag Queen irlandaise), Je ne vous déteste pas.